11 novembre 2005
Inéquation
Comme si les gens qu'on n'aime pas ne suffisaient pas à nous pourrir la vie, il faut que ce soit les amis qui s'en mêlent. Quand on croit partager une vraie amitié avec quelqu'un, on ne s'imagine pas quels ravages peut faire la jalousie.
Je m'explique. Voilà deux mois que je suis dans cette nouvelle école
et je me suis retrouvée dans la classe d'une excellente amie que nous
appellerons X. On s'entend bien, on est presque toujours ensemble MAIS,
un élément perturbateur est arrivé dès le deuxième jour de cours.
Ayant
des niveaux très différents en maths, on a été séparées pour ces heures
là, ainsi que pour celles d'histoire. Second jour de cours, je me rend
donc en salle de maths, où nous sommes mélangés avec une autre classe.
Et là c'est le choc: un mec arrive en dernier, s'assied à la
place restante au premier rang. Il n'est peut-être pas le plus beau,
mais il a "ce petit truc qui fait que...". Après tout le temps que j'ai
mis à faire une grande croix définitive sur l'Autre (ça m'a quand même
pris 2 ans), je me suis dite "Enfin". Et c'est depuis ce jour là que je
le cherche du regard constamment. Nous l'appellerons Y.
Jusque là, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes
jusqu'à cette fatidique récré où je lui ai montré qui était Y. A voir, il lui a plu, et même bien plus. Depuis ce jour,
elle n'a plus arrêté de parler de lui, tout le temps, à toutes les
sauces. Elle sait son horaire par coeur, elle demande toujours où il
est, ce qu'il fait, avec qui il passe son temps.
Et moi... bah, même si pendant les 6 heures par
semaine que je passe dans la même salle de classe que lui, je le
regarde avec tendresse, admiration proche de la béatitude et tout ce que vous pouvez imaginer, j'en parle peu, je reste relativement discrète. Je me dis que ça risque de saouler. Et puis j'ai d'autres raisons pour rester en "stand by": dès que je parle de Y, X me fait des réflexions genre "salope !" sur un ton qui se veut rieur, mais j'ai parfois des doutes... le rire est à mon avis un peu jaune.
Même après deux mois, j'ai toujours du mal à parler à Y. Il m'intimide. Dès qu'il est tout près, je prend la fuite et je rougis alors que ma seule envie serait d'engager la conversation. Pourtant, lui aussi est relativement timide. Mais mon manque de confiance en moi me fait douter, je me dis qu'il est trop bien pour moi, qu'il ne voudra jamais d'une fille dans mon genre.
X au contraire, est très sûre d'elle et multiplie les stratagèmes pour l'approcher au moyen de relations interposées, parfois à la limite de l'hypocrisie. Mais c'est une technique, et ça marche mieux, à coup sur, que mon incapacité totale à faire part de ce que je ressens.
Depuis peu, Y s'est lié d'amitié avec une autre très bonne amie à moi, qui est dans la même classe que lui. Nous l'appellerons W. Cela pourrait être un moyen de fréquenter Y car j'ai toujours passé pas mal de temps avec W. Mais le problème est le suivant: X ne supporte pas ça. Dès que je vais vers W, elle arrive pour être au courant des dernières infos sur Y, ou mieux, se retrouver à proximité de lui ! Si j'ai le malheur de me diriger vers eux, elle me fusille du regard ou elle me critique auprès d'autres copains/copines.X...
C'est une fille géniale, franche, sincère, toujours prête à rire. Mais elle a un énorme défaut: elle est possessive et jalouse. Même si elle a une dizaine de gars en vue, elle ne supportera pas qu'on touche, ou qu'un parle à l'un d'entre eux, alors qu'elle en a toujours neuf en réserve.
Situation délicate. W aimerait que je connaisse mieux Y. Mais Y ne connaît que mon nom. Et X me blâmerait. Et si X et Y finissaient ensemble, ça me ferait super mal de les voir dans les bras l'un de l'autre... mais qui dit que ça ne ferait pas mal à X de me voir dans les bras de Y ?
"Vis ta vie". C'est ce qu'on m'a dit. Mais je ne cherche pas les embrouilles... Alors que faire ? Le laisser filer ? Le lui laisser ? Ou tenter ma chance au risque de la perdre... et de rater mon coup ?
Problème d'inéquation ... que vous prendrez sans doute au premier degré.
19 octobre 2005
Elles
Elles ont seize ans ou un peu moins.
Elles s'habillent chez Tally
et H&M, ont des Puma et des Converse aux pieds. Le nombril à l'air,
la frange sur le côté. Elles se veulent rebelles, et indépendantes,
mais au font, ce sont toutes les mêmes.
Elles sortent le samedi soir, elles veulent jouer aux grandes, montrer qu'elles sont sorties de l'enfance.
Elles
boivent de l'alcool, elles aiment la sensation d'ivresse, elles
oublient leur timidité et deviennent des "tigresses". Elles dansent,
dansent et plus encore... font des folies avec leur corps.
Elles
passent de l'un à l'autre, maniant l'art du "french kiss" avec brio. Au
rythme de la musique, elles se déhanchent, et eux, bière à la main et
boutons d'acné cachés par des cheveux longs en bataille, ils profitent
de l'aubaine, heureux de remplir leur tableau de chasse.
Et au
matin, les paillettes qu'elles avaient dans les yeux ont disparu, plus
d'étreintes, plus de musique, seulement un bon mal de tête. Se
rappellent-elles encore du nom du jeune homme de la veille ? Elles
n'ont plus qu'un numéro dans le répertoire de leur portable, au mieux
une adresse MSN.
Mais elles aiment ça, et recommencent de week end
en week end, se vantant de leurs prouesses et de leurs aventures, au
coin d'un bar ou dans une caravane. Quel romantisme... mais bon,
pourquoi vouloir en trouver, là où il n'y a pas d'amour et de
sentiments ?
Elles se fichent de leur réputation... car le pire dans tout ça, c'est que ça devient tellement courant, qu'on finit par trouver ça presque normal !
Elles ne cherchent pas du sérieux, un copain "au quotidien", ça les effraie... elles se contentent de ces mecs d'un soir, toujours mignons mais abreuvés de bière. C'est la solution de facilité: elles ne veulent pas s'embêter avec ces histoires de fidélité. On s'amuse un soir, et le lendemain on passe à autre chose. Et puis au moins, pas besoin de le présenter à papa/maman ou de se casser la tête pour les cadeaux d'anniversaire et de Saint-Valentin...
Et elles s'en vantent encore. Elles collectionnent, elles notent, elles comparent, elles critiquent. Elles friment et veulent toujours plus, jouant avec les limites d'un politiquement-correct qu'on ne sait plus trop où placer, finalement.
Elles, ce sont mes amies. Enfin... je crois.
Celles qui comprennent sans qu'on leur dise
Pour qui ne suffit qu'un regard
Pour que tout s'allume en un soir
(Jean-Jacques Goldman, "Filles faciles")